Connaissez-vous vraiment la patate douce ?
Vous voulez réussir votre culture de patate douce ? Avoir de belles lianes qui parcourent votre jardin (car oui, on parle de lianes), qui produisent de la bio-masse et vous donnent des kilos et des kilos de récolte?
Ça tombe bien, c’est le sujet du jour !
De son nom latin Ipomea batatas, la patate douce provient d’Amérique du Sud et est cultivée depuis au moins 5 000 ans avant J-C. C’était une plante pionnière de l’alimentation des Maya, Inca et autres peuples d’Amazonie
Pas si étonnant, quand on voit à quel point elle est facile à multiplier et à conserver. C’est selon moi une plante refuge au même titre que la pomme de terre ou le topinambour. Pour vous donner une échelle, La patate douce peut produire jusqu’à 3kg de récolte et tout autant de biomasse par pied . C’est ÉNORME.
Hé bien aujourd’hui, on va apprendre comment multiplier ce tubercule délicieux qui a tant à vous donner.

L’achat
La patate douce se multiplie par bouturage, il n’est donc pas nécessaire de semer et faire germer des graines.
Pour se lancer, il suffit d’acheter des patates douces dans le commerce ! Il est préférable d’acheter des plants BIO, car non traités avec des traitements anti-germinatifs. Personnellement, je vous recommande de les acheter chez Biocoop. Elles sont européennes et généralement de très bonne qualité.

Vous avez le choix entre 3 types de patates :
– À chair orange, les plus réputées, idéales pour toutes les recettes.
– À chair blanche, moins sucrée et plus rustique
– À chair violette, plus esthétique mais similaire à la blanche en termes de gouts.
Attention, toutes les variétés de patate douce ne se valent pas !
Même si elles restent comestibles, vous n’avez aucun intérêt à cultiver les patates douces dîtes ornementales. Celles-ci ne produisent quelques tubercules fibreux et inintéressants.
Rentrent dans cette catégorie les variétés à feuillage violet tel que la Sweet Caroline, qui… porte mal son nom.
La multiplication
Nous en arrivons au point crucial. Comment transformer une patate douce qu’on a passée sous l’eau (voire un peu brossée) à plusieurs plants ?
C’est finalement assez simple ! 2 méthodes sont possibles, et l’une des deux est vraiment la meilleure.
Ces méthodes ont en commun de nécessiter deux point clés essentiels à la culture de la patate douce : la chaleur et la lumière

À ne pas faire
Commençons par ce qu’il ne faut pas faire. Vous pourrez voir cette méthode sur internet, mais je ne vous invite pas à faire baigner un tubercule à l’horizontal.
La patate douce va développer des racines sur toute sa longueur, laissant la moitié non immergée faire des slips (oui, c’est le nom qu’on donne à la bouture de la liane.)
Ce qui me déplaît avec cette méthode, c’est quelle n’a rien pour elle. C’est la plus lente et la moins pratique. Il faut notamment un espace au sol suffisamment important pour les stocker à l’horizontal et au chaud. Il faut changer l’eau tous les 5 jours environ et se préparer à avoir des algues. Pire, la patate peut pourrir si elle est trop immergée.
Après plusieurs semaines, les patates auront produit quelques racines, mais toujours pas de slips. Méthode à ne pas reproduire donc.
Première méthode
Première vraie méthode, assez similaire : le bouturage de la patate douce dans l’eau, mais à la verticale cette fois-ci.
Plantez des cure-dents dans vos patates douces pour les faire tenir correctement dans leurs contenants, immergée à un tiers ou à moitié.

Veillez à ne pas trop remplir les contenant d’eau, vous pourriez faire pourrir le tubercule. Il ne doit jamais être immergé à plus de la moitié.
Placez les tubercules dans un endroit chaud (idéalement +25° en permanence) et à la lumière. Une fenêtre plein sud ira très bien. Le manque de lumière pourrait faire filer les boutures.
Au bout d’une vingtaine de jours, vous verrez apparaitre des slips (à prononcer à l’anglaise bien sûr…) . Changez l’eau toute les semaines. Ne la changez pas tous les deux jours, vous perdrez les hormones de bouturages produites naturellement par le tubercule.



Deuxième méthode
Enfin, voici la meilleure méthode de multiplication des patates douces. Vous allez voir, c’est simplissime.
Munissez-vous d’une terrine ou d’un contenant que vous remplissez de terreau ou de compost. La patate douce n’est pas très exigeante, mais veillez à ce que la terre soit meuble et peu argileuse.
Coupez vos patates douces en deux, sur le sens de la longueur.
Vous avez donc deux morceaux de même taille et une surface de chair importante, maintenant exposée à l’air libre.
Coupez à nouveau les patates douces en petits morceaux.
Puis, posez les morceaux, la chair contre le substrat. Ça peut sembler contre-intuitif, mais c’est bien ainsi qu’il faut faire.
Là encore, les slips apparaitront au bout d’une vingtaine de jours. Des pousses plus fortes et vigoureuses que dans l’eau, pour la simple et bonne raison que la terre est plus riche en éléments nutritifs que l’eau.
Petite astuce : une fois que les slips apparaissent, versez une couche de 1-2cm de vermiculite fine directement dessus. Ainsi, les racines se développeront aussi dans la vermiculite et seront plus faciles à extraire.
Et maintenant, que faire avec les boutures ?
Vous savez maintenant comment multiplier la patate douce. Vous avez donc des slips qui mesurent entre 5 et 10 cm. Vous devriez atteindre ce stade à la mi-mars environ.
Mais que faire maintenant ?
Là encore, c’est simple.
Une fois qu’ils ont atteint 5/10cm et qu’ils disposent de feuilles bien développées, vous devez extraire les slips : les arracher gentiment de la patate douce. Idéalement, prélevez également les racines qui vont avec. Sinon, le slip va devoir faire de nouvelles racines, ce qui prendra 2/3 jours.
Sur la méthode n°2, vous devriez prélever environ 2/3 slips par morceaux de patate douce. Une fois prélevés, retirez toutes les feuilles sauf la plus haute, comme ci-dessous. Voyez sur la première photo, j’ai retiré les trois feuilles au niveaux des trois nœuds. Sachez que chaque nœud peut produire des racines.


Avec vos boutures, vous avez de nouveaux deux options :
Option n°1 ; Mise en eau
À ce stade, vous pouvez mettre vos boutures dans de l’eau.
L’objectif ? Qu’ils produisent des racines, avant que vous les mettiez en terre. C’est une étape facultative qui permet « d’assurer le coup », si vous craignez que vos boutures soient fragiles.
En les aidant à produire des racines, elles seront d’autant plus prêtes à être rempotées. Inutile de les mettre dans un volume d’eau trop important. Au contraire, les racines vont produire des hormones qui favorisent le bouturage. Je vous conseille les vases de propagation en verre, vendus 1€ pièce chez Action par exemple.

Une fois les racines bien développées au bout d’une semaine, les slips sont prêts à être rempotés.
Option n°2 : le rempotage
Dernière étape pour vos boutures !
Préparez un contenant de type godet en plastique. Pour la taille, prévoyez du 8×8 minimum. La patate douce est vigoureuse et produit beaucoup de racines, un petit contenant limitera son développement. Remplissez le de terreau, de terre de jardin (meuble) ou d’un mix des deux.
Préparez un trou jusqu’au fond du contenant. Posez simplement la bouture (avec ou sans racine) et ne laissez dépasser qu’une seule feuille. Tassez ensuite votre godet de sorte à ce que les racines ou la tige soit bien en contact avec la terre. Arrosez abondamment.
Si vous souhaitez faire beaucoup de plants, vous pouvez bien sûr planter vos boutures serrées dans une jardinière. Vous les prélèverez ensuite pour les planter dans des godets individuels, ou les mettrez directement en terre le moment venu.
Et voilà, vous avez terminé ! Votre bouture est prête !
Vous n’aurez plus qu’à les mettre en terre , après les gelées, dans un endroit bien ensoleillé, espacées d’au moins 40cm. Prenez garde, la patate douce s’étale ! Les lianes peuvent grimper sur un support, ou simplement courir sur le sol. En plus de produire des tubercules comestibles, cette plante est un couvre-sol de qualité et offre une énorme biomasse à composter en fin de saison.
Et bien sûr, une fois que la plante se développe en pleine terre, vous pourrez prélever de nouveaux slips directement dessus, afin de réitérer les méthodes vues dans cet article.
Ainsi, vous pourrez avoir des dizaines, voire des centaines de plants !










